SteamOS ne tourne plus uniquement sur le Steam Deck. Après les consoles portables AMD d’ASUS et Lenovo, Valve s’attaque maintenant à l’architecture Intel. La version bêta 3.8.7 de SteamOS marque un tournant discret mais significatif pour le PC gaming sous Linux.
D’abord AMD, maintenant Intel : l’expansion logique de SteamOS
À l’origine, SteamOS était exclusivement conçu pour le Steam Deck. Valve ne s’intéressait qu’à sa propre machine. Les temps ont changé : la compatibilité s’est progressivement étendue aux consoles portables ASUS et Lenovo, toutes basées sur une architecture AMD proche de celle du Steam Deck.
La logique était simple : même famille de composants, portage facilité. Les machines Intel sont restées plus longtemps en retrait. Ce n’était pas dramatique pour autant. Des distributions comme Bazzite (une variante de Fedora optimisée pour le gaming) comblaient le vide sur les consoles Intel. Mais Bazzite n’est pas SteamOS. Pour de nombreux utilisateurs, la différence compte.
Le mouvement vers Intel ne date d’ailleurs pas de la 3.8.7. Les bases avaient été posées dès SteamOS 3.7 : compatibilité élargie aux plateformes Intel et AMD récentes, prise en charge préliminaire du firmware pour les futures consoles Intel, et premier support de manette pour plusieurs appareils dont le Claw 8 AI+. La bêta 3.8.6 avait ensuite amorcé le support des manettes MSI Claw. La 3.8.7 ne fait donc pas qu’ouvrir la porte : elle consolide une trajectoire déjà engagée. La demande communautaire pour un SteamOS natif sur Intel était réelle. Valve a fini par répondre.
La bêta 3.8.7 : quatre modèles MSI Claw rejoignent l’écosystème
C’est le YouTubeur ETA Prime qui a mis en lumière le changement, avec une vidéo consacrée à la MSI Claw 8 AI+ (Intel Core Ultra 7 258V « Lunar Lake », 32 Go de RAM). La machine fonctionnait déjà très bien sous Bazzite et Windows 11. Mais SteamOS officiel ? Impossible jusqu’aux dernières bêtas.
Les notes de mise à jour de Valve sont laconiques mais claires. Parmi les ajouts notables de la 3.8.7 :
- Prise en charge des contrôleurs pour les consoles MSI Claw A1M, 7 AI+ A2VM, 8 AI+ A2VM et A8 BZ2EM (ce qui couvre le Claw Core Ultra d’origine, les Claw AI+ Lunar Lake et le Claw A8 sous AMD)
- Amélioration de la réponse du gyroscope pour les appareils utilisant AccelGyro3D (Legion Go 1, Claw A1M)
- Correctif Bluetooth pour certaines consoles Intel et fiabilité accrue de la carte SD
Quatre modèles d’un coup. Ce n’est pas un accident de parcours. C’est une décision de support délibérée.
Depuis la vidéo d’ETA Prime, deux nouvelles bêtas ont été déployées : les versions 3.8.8 et 3.8.9. Chacune contient des mentions spécifiques aux consoles Intel (compatibilité matérielle, firmware des futures portables). Le rythme est soutenu.
Ce qui fonctionne, ce qui coince encore
ETA Prime ne dresse pas un tableau idyllique. Son retour d’expérience sur la Claw 8 AI+ est nuancé. Le fonctionnement global est satisfaisant. La gestion de la fréquence GPU est accessible : via un plugin tiers (type SimpleDeckyTDP), il est possible d’ajuster le TDP (Thermal Design Power — l’enveloppe thermique du processeur).
Mais un problème persiste : le menu de la console portable ne s’ouvre pas via les commandes de la manette. Sur un appareil portable, c’est un manque notable, l’accès au menu Steam étant central dans l’expérience SteamOS.
Côté performances, le constat est plus mitigé. ETA Prime a testé Cyberpunk 2077, Spider-Man 2, Forza Horizon 6, Left 4 Dead 2 et The Witcher 3. Le Claw 8 AI+ dépasse globalement le Steam Deck, avec un fonctionnement jouable sur une large plage de réglages, jusqu’à 15 watts seulement. Le bémol vient de Cyberpunk 2077, qui tourne moins bien sous SteamOS que sous Windows. C’est cohérent avec une réalité connue : sur matériel Intel, SteamOS reste pour l’instant en retrait de Windows 11 sur les jeux les plus exigeants — l’exact inverse de ce qu’on observe sur les machines AMD, où SteamOS fait souvent mieux que Windows. L’optimisation des pilotes Intel sous Linux n’est pas encore au niveau.
Il s’agit d’une bêta. C’est précisément son objet : identifier ce qui manque. La cadence des mises à jour (trois versions en quelques jours) suggère que Valve traite activement ces retours.

Le contexte industriel : Intel G3 en approche, Valve anticipe
Pourquoi maintenant ? La coïncidence de calendrier est significative. Les futures consoles portables basées sur les puces Intel G3 et G3 Extreme (architecture Panther Lake) approchent : on cite déjà les MSI Claw 8 EX AI+, OneXPlayer 3 et Acer Predator Atlas 8, toutes annoncées sous Intel G3 Extreme. MSI, partenaire privilégié d’Intel dans ce segment, propose actuellement ses machines uniquement sous Windows 11.
À noter : le changelog de la 3.8.7 ne nomme pas explicitement « Arc G3 ». Il évoque un firmware « pour les futures consoles Intel ». Le lien avec les G3 relève donc du contexte industriel plus que d’une mention officielle de Valve — mais l’anticipation est manifeste.
Arriver avec un SteamOS stable au moment du lancement des G3 serait stratégiquement pertinent. Laisser tout le segment Intel sous Windows par défaut serait une occasion manquée. Intel lui-même monte en puissance dans ce secteur et compare désormais ouvertement ses futures puces à celles d’AMD. La concurrence s’intensifie, et un SteamOS compatible Intel devient aussi un argument pour les fabricants qui hésitent entre les deux architectures.
La stratégie de Valve est cohérente avec sa philosophie de long terme : rendre SteamOS viable sur le maximum de matériel. Moins de dépendance à Windows, plus de liberté pour l’écosystème gaming Linux.
Durabilité et liberté logicielle : ce que ce mouvement représente vraiment
Derrière l’annonce technique, il y a une question plus large. Windows 11 est le système par défaut sur toutes les consoles portables Intel. Il n’y a pas d’alternative proposée par les fabricants. SteamOS change cette équation.
Un système d’exploitation basé sur Linux, sans abonnement, sans télémétrie agressive, optimisé pour le gaming : c’est exactement ce que représente SteamOS. L’étendre à Intel, c’est donner aux utilisateurs un vrai choix. Pas seulement une alternative communautaire non officielle comme Bazzite (pourtant excellente), mais un support progressif de l’éditeur lui-même.
La durabilité entre aussi en jeu. Une console portable sous SteamOS reste utilisable même si Microsoft décide de mettre fin au support de Windows 11. Une machine sous Linux bien maintenu peut fonctionner des années de plus. C’est une garantie que Windows ne peut pas offrir sur le long terme.
Bazzite restera pertinente pour les utilisateurs avancés qui veulent plus de contrôle. Mais SteamOS officiel sur Intel, c’est un signal fort envoyé à l’industrie : le gaming Linux n’est plus une niche réservée aux bidouilleurs.

Ce qu’il faut retenir
- SteamOS bêta 3.8.7 ajoute le support des contrôleurs pour quatre modèles MSI Claw (A1M, 7 AI+ A2VM, 8 AI+ A2VM, A8 BZ2EM), dans le prolongement d’un travail amorcé dès la 3.7
- Le YouTubeur ETA Prime a documenté le fonctionnement sur la Claw 8 AI+ : ça tourne, avec des réserves (le menu de la console ne s’ouvre pas à la manette)
- Deux bêtas supplémentaires (3.8.8 et 3.8.9) ont suivi rapidement, toujours avec des améliorations côté Intel
- Côté performances : le Claw 8 AI+ dépasse globalement le Steam Deck, mais reste derrière Windows 11 sur les titres lourds (ex. Cyberpunk 2077) — contrairement aux machines AMD
- La coïncidence avec l’arrivée des puces Intel G3 / G3 Extreme (Panther Lake : MSI Claw 8 EX AI+, OneXPlayer 3, Acer Predator Atlas 8) n’est probablement pas fortuite
- Bazzite reste une alternative solide ; SteamOS officiel sur Intel représente néanmoins un cap symbolique et pratique
Sources
- Clubic — SteamOS tourne maintenant sur le matériel Intel
- GamingOnLinux — SteamOS 3.8.7 Beta : changelog complet
- VideoCardz — SteamOS beta adds early support for Intel handhelds
- ETA Prime (YouTube) — Test SteamOS sur MSI Claw 8 AI+
- TechRadar — Valve’s latest SteamOS beta provides better Intel hardware compatibility


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