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RAMageddon : pourquoi la réparabilité n’a jamais été aussi cruciale

La RAM coûte une fortune. Les fabricants poussent à l’achat neuf. Et l’IA est au cœur du problème. iFixit vient de publier une analyse qui relie tous ces fils. Le résultat est aussi logique qu’irritant.



Le RAMageddon : ce qui se passe vraiment

Les prix de la RAM s’envolent. Ce n’est pas une rumeur de forum.

Selon iFixit, les fabricants de mémoire ont massivement redirigé leurs lignes de production. La mémoire DDR5, celle des ordinateurs grand public, passe au second plan. La priorité va désormais à la mémoire HBM (High Bandwidth Memory), utilisée dans les centres de données pour les grands modèles de langage (LLM, Large Language Models).

La demande d’OpenAI, Google, Microsoft et consorts a littéralement reconfiguré l’industrie. Micron, l’un des principaux fabricants de mémoire, a quadruplé son chiffre d’affaires et plus que doublé ses bénéfices sur un an. Il en a tiré la conclusion logique du point de vue de ses actionnaires : le fabricant a annoncé la sortie de son activité grand public Crucial. Un acteur majeur qui quitte purement et simplement le marché des particuliers.

Quant à l’accalmie, elle n’est pas pour demain. Les analystes de Jefferies, cités par iFixit, anticipent encore une hausse d’environ 50 % au troisième trimestre et 40 % au quatrième, sans détente attendue avant 2028. Le mot « RAMageddon » n’est pas une hyperbole.


Apple et Microsoft : victimes de leur propre stratégie

L’ironie est épaisse.

Apple et Microsoft misent toutes leurs communications sur l’IA embarquée. Apple Intelligence et Copilot réclament tous deux au minimum 16 Go de RAM pour fonctionner correctement. Or, c’est précisément cette course à l’IA qui a alimenté la demande en HBM, qui a fait exploser les prix de la DDR5, qui rend leurs propres machines plus chères. Microsoft construit d’immenses centres de données pour ses LLM ; le Private Cloud Compute d’Apple consomme lui aussi de la mémoire. Les deux entreprises alimentent la pénurie qui renchérit leurs propres produits.

Concrètement : Apple a augmenté ses tarifs d’environ 20 % ou plus sur l’ensemble de sa gamme.
L’Apple TV grimpe de 70 dollars à 199 dollars. Le HomePod mini prend 30 dollars pour atteindre 129 dollars. Apple a même relevé les prix de ses modèles reconditionnés. Fin 2024 déjà, les MacBook Air d’entrée de gamme avaient vu leur RAM de base doubler à 16 Go, pour mieux faire tourner Apple Intelligence.

Les marges d’Apple ont toujours été élevées : entre 30 % et 40 %, contre 15-25 % pour les smartphones en général et 10-25 % pour les ordinateurs portables. Selon un rapport de The Verge repris par iFixit, l’iPhone 17 Pro pourrait même atteindre une marge de 47 %. L’acheteur finance le pari IA d’Apple, qu’il le veuille ou non. Et la hausse frappe d’autant plus durement les modèles d’entrée de gamme comme le MacBook Neo, dont tout l’argument était justement le prix.

Du côté de Microsoft, la réponse est double. D’abord, affirmer que Windows 11 fonctionne « très bien » avec 8 Go de RAM, en contradiction avec ses propres recommandations antérieures de 16 Go. Ensuite, prolonger d’un an le programme ESU (Extended Security Updates) de Windows 10, jusqu’au 12 octobre 2027. Attention à la nuance : il ne s’agit pas du support général, mais du programme de mises à jour de sécurité étendues, auquel il faut être inscrit. Les utilisateurs déjà inscrits ont dû recevoir un e-mail annonçant la prolongation ; les autres ont tout intérêt à s’en occuper.


La réparabilité comme réponse concrète

C’est ici que le raisonnement d’iFixit prend toute sa force.

La réparabilité n’est pas seulement utile quand un appareil tombe en panne. Elle devient une stratégie économique à part entière dans un contexte de prix prohibitifs.

iFixit identifie plusieurs scénarios pratiques. Premier cas : acheter le modèle d’entrée de gamme avec RAM et stockage évolutifs, puis upgrader quand les prix redescendront. Deuxième cas : récupérer la RAM et le SSD d’une machine existante pour équiper la nouvelle. Troisième cas, plus fondamental : prolonger la durée de vie d’un appareil en remplaçant la batterie, les ports USB-C défaillants, ou simplement en nettoyant les ventilateurs encrassés.

Et pour ceux qui répètent que la mémoire modulaire appartient au passé : le format LPCAMM2, présent notamment dans le ThinkPad P1 Gen 7, offre une grande partie des avantages de la RAM soudée tout en restant remplaçable. La contrainte technique n’est pas une fatalité, c’est un choix de conception.

Ce dernier point touche au cœur de la philosophie anti-obsolescence. L’IA, les exigences croissantes en RAM, la fin de support de Windows 10 : tout cela converge vers un seul objectif implicite, pousser à l’achat d’une machine neuve. Cela sert les fabricants. Pas les utilisateurs.

Un épisode récent illustre bien cet équilibre fragile entre réparabilité et décisions industrielles. Mi-juillet 2026, iFixit indiquait à un client qu’il était peu probable de recevoir de nouvelles batteries OEM pour le Steam Deck LCD original, un représentant précisant sur Reddit que Valve « commençait à mettre ces pièces en sommeil ». Retournement en quelques heures : Valve a déclaré à The Verge que les batteries seraient de retour en stock la semaine suivante, via les mêmes partenaires fournisseurs que d’habitude. Le PDG d’iFixit, Kyle Wiens, a confirmé sur X que Valve avait pris contact et envoyait un nouveau lot, ajoutant qu’iFixit allait « remuer ciel et terre » pour continuer à soutenir ces consoles. Il se garde d’ailleurs d’incriminer Valve, qu’il qualifie de « très bon partenaire » : selon lui, l’entreprise et ses fournisseurs se sont surtout trompés dans leurs prévisions de volumes. Une victoire, mais qui montre à quel point la réparabilité tient parfois à un fil, et à un article de presse.


L’obsolescence programmée par les prérequis logiciels

Il existe une forme d’obsolescence qui ne nécessite pas de pièce défaillante.

Il suffit d’augmenter les prérequis logiciels. Windows 11 exige des configurations que beaucoup de machines Windows 10 ne remplissent pas. Les fonctionnalités IA d’Apple et de Microsoft réclament des quantités de RAM que les modèles d’il y a deux ou trois ans n’ont pas. Le cercle est bouclé.

La prolongation de l’ESU Windows 10 jusqu’en octobre 2027 est une bouffée d’air pour les utilisateurs de machines plus anciennes. Mais l’écosystème se rétracte en parallèle, composant par composant. Exemple : l’avis Microsoft MC1426708 annonce la fin du support du client de synchronisation OneDrive sur les vieilles versions de Windows 10 à partir du 15 août 2026. Précision importante, souvent mal rapportée : l’application ne s’arrête pas de fonctionner ce jour-là. Elle cesse simplement de recevoir nouvelles fonctionnalités, correctifs de bugs et mises à jour de sécurité, Microsoft ne garantissant plus rien au-delà. En pratique, on peut s’attendre à des dysfonctionnements progressifs.

Détail savoureux relevé par Clubic : l’avis vise « Windows 10 version 22H1 et antérieures ».
Or, la version 22H1 n’a jamais existé. Windows 10 est passé directement de 21H2 à 22H2 (octobre 2022). Microsoft semble avoir confondu avec 21H1. L’hypothèse la plus probable est que la mesure concerne l’ensemble des versions antérieures à 22H2, mais faute d’accès direct à l’avis, cela reste à confirmer. Les postes en 22H2 conservent quant à eux le support OneDrive jusqu’au 10 octobre 2028.

Le message sous-jacent est clair : même avec du support de sécurité, l’écosystème se rétracte progressivement autour des machines récentes.


Conclusion

Le RAMageddon n’est pas une crise isolée. C’est le résultat d’un système où les mêmes acteurs alimentent simultanément la demande industrielle en mémoire, font grimper les prix grand public, et vendent comme solution les machines neuves que ces prix rendent inabordables.

L’ironie finale, comme le note iFixit, toute la stratégie IA visait à nous vendre des machines neuves capables de faire tourner des fonctions dont personne ne voulait vraiment. Et cette stratégie a rendu les ordinateurs si chers qu’on en veut encore moins. Un but contre son camp en bonne et due forme.

Dans ce contexte, la réparabilité n’est plus un luxe pour passionnés. C’est une réponse économique rationnelle.



Points à retenir

  • Les prix de la RAM explosent parce que les fabricants privilégient la mémoire HBM pour les centres de données IA, au détriment du grand public — Micron a quadruplé son CA et quitte son activité grand public Crucial
  • Apple a augmenté ses prix d’environ 20 % sur toute sa gamme, reconditionnés inclus ; Jefferies prévoit encore ~50 % de hausse mémoire au T3 et 40 % au T4, sans détente avant 2028
  • Microsoft a prolongé d’un an son programme ESU Windows 10 (jusqu’au 12 octobre 2027) — ce n’est pas un retour du support général, il faut être inscrit
  • Une machine avec RAM et stockage évolutifs permet d’acheter au minimum aujourd’hui et d’upgrader quand les prix baisseront ; le LPCAMM2 prouve que la mémoire modulaire reste viable
  • La réparabilité dépend de décisions commerciales fragiles — l’épisode des batteries Steam Deck LCD, réglé en quelques heures après médiatisation, en est la démonstration
  • OneDrive sur les vieux Windows 10 : c’est la fin du support le 15 août 2026, pas l’arrêt de la synchro ; et l’avis Microsoft cite une version « 22H1 » qui n’a jamais existé
  • L’obsolescence par les prérequis logiciels est aussi efficace que l’obsolescence matérielle

Sources


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