La Switch 2 est à peine sortie. Nintendo la retravaille déjà. Pas par générosité — par obligation réglementaire. L’Union européenne force le géant japonais à rendre sa console réparable. Une victoire pour la durabilité, obtenue malgré Nintendo et non grâce à lui.
Le règlement européen qui change la donne
En 2023, l’UE a adopté le Règlement (EU) 2023/1542 sur les batteries. Son principe est simple. Tout appareil portable vendu en Europe doit permettre à l’utilisateur de retirer et remplacer sa batterie — sans outil spécial, sans solvant, sans passer par le SAV. La clause spécifique aux batteries amovibles entre en vigueur le 18 février 2027, selon Tom’s Hardware.
Nintendo a jusqu’à cette date pour se conformer. La firme de Kyoto prépare donc une version révisée de la Switch 2 pour le marché européen. Selon Clubic, qui cite le quotidien économique japonais Nikkei, les Joy-Con 2 sont également concernés. Chaque manette embarque sa propre batterie lithium-ion. Chacune devra donc devenir remplaçable par l’utilisateur.
Ce règlement ne vise pas uniquement les consoles de jeu. Selon Tom’s Hardware, il concerne presque tous les appareils portables : smartphones, laptops, écouteurs, casques audio. Sony est dans la même situation avec ses manettes DualSense PS5, déjà attendues dans une version révisée pour les mêmes raisons, selon Clubic.

Un score iFixit qui dit tout
Quand iFixit a démonté la Switch 2 en juin 2025, le verdict était sans appel. La console a obtenu un score de réparabilité de 3 sur 10, selon Clubic. C’est pire que la Switch originale, rétroactivement abaissée à 4/10.
Le constat technique est accablant. La batterie est collée avec un adhésif puissant. Les ports USB-C sont soudés à la carte mère. Le lecteur de cartouches aussi. Pour les Joy-Con 2, leurs batteries sont théoriquement déconnectables une fois à l’intérieur — mais un adhésif les maintient en place. Clubic rapporte qu’iFixit avait conseillé aux utilisateurs de s’entraîner sur d’autres appareils avant de tenter quoi que ce soit sur la Switch 2.
La question qui s’impose : Nintendo savait. Le règlement européen date de 2023. La Switch 2 a été lancée en juin 2025. La firme a délibérément choisi de lancer un produit non conforme, en comptant sur le délai réglementaire. Tom’s Hardware le note lui-même : « Il n’est pas clair pourquoi Nintendo n’a pas intégré une batterie amovible dès le départ, d’autant que l’Europe est son deuxième marché après les États-Unis. »
L’obsolescence programmée, mécanique exposée
La réponse à cette question est pourtant évidente. Une batterie non remplaçable, c’est un appareil à durée de vie contrôlée. Quand la batterie faiblit, l’utilisateur a deux options : envoyer la console au SAV officiel — coûteux — ou racheter un appareil neuf. C’est le modèle économique de l’obsolescence programmée dans sa forme la plus nue.
Les modifications envisagées pour la version européenne ne nécessitent pas de refonte totale, selon Clubic. Des clips de maintien plutôt que de la colle, des vis plus accessibles — l’architecture interne peut rester identique. Ce qui confirme que le choix initial était délibéré, pas technique.
Hors Europe, rien ne change pour l’instant. Nikkei, cité par Clubic et Tom’s Hardware, précise que Nintendo envisage d’étendre ces modifications au Japon et aux États-Unis uniquement si ces marchés adoptent des règles similaires. Les joueurs japonais et américains qui veulent changer leur batterie passent encore par le SAV officiel ou par une procédure qu’iFixit qualifiait de périlleuse.
Le précédent Apple et l’effet Bruxelles
Il existe un précédent instructif. En 2023, sous pression réglementaire européenne, Apple a abandonné le connecteur Lightning sur ses iPhone 15 au profit de l’USB-C. La décision visait l’Europe. Apple a finalement adopté l’USB-C sur toute sa gamme mondiale, selon Clubic. La raison est industrielle : concevoir et maintenir deux chaînes de production distinctes coûte trop cher à long terme.
Nintendo pourrait suivre le même chemin. Clubic souligne cependant que maintenir deux versions parallèles — batterie collée pour le Japon et les États-Unis, batterie amovible pour l’Europe — représente un coût industriel difficilement justifiable sur la durée. La pression économique pourrait donc faire ce que la bonne volonté ne fera pas.
C’est ce qu’on pourrait appeler l’effet Bruxelles : une réglementation locale qui finit par bénéficier à des centaines de millions d’utilisateurs hors UE, sans que leurs gouvernements respectifs aient eu à agir.

Ce que ça change concrètement
Pour les utilisateurs européens, la révision attendue signifie une chose simple : garder sa Switch 2 plus longtemps. Une batterie qui se dégrade avec les cycles de charge — c’est inévitable sur toute batterie lithium-ion — ne condamne plus l’appareil. Elle se remplace.
C’est la définition même de la durabilité numérique. Pas un gadget marketing. Pas une promesse de recyclage en fin de vie. Un appareil qu’on répare, qu’on entretient, qu’on conserve.
La Switch 2 aurait pu sortir ainsi dès juin 2025. Nintendo a choisi de ne pas le faire. L’UE a choisi de l’y obliger. Le résultat est le même — mais le chemin parcouru dit beaucoup sur les priorités réelles de l’industrie.
Points à retenir
- Le Règlement (EU) 2023/1542 impose des batteries amovibles sur tous les appareils portables vendus en UE, avec une échéance au 18 février 2027
- La Switch 2 a obtenu un score iFixit de 3/10 à son lancement en juin 2025 — batterie collée, ports soudés
- Nintendo prépare une version révisée pour l’Europe uniquement, Joy-Con 2 inclus, selon Nikkei via Tom’s Hardware et Clubic
- Les modifications techniques envisagées (clips, vis accessibles) auraient pu être intégrées dès le départ — le choix initial était délibéré
- Nintendo n’étendra ces changements au Japon et aux États-Unis que si ces marchés légifèrent dans le même sens
- Le précédent Apple/USB-C suggère qu’une adoption mondiale reste possible, sous pression industrielle et économique
Sources principales : Tom’s Hardware, Clubic (citant Nikkei)


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