Tu le sais déjà : le numérique dévore tout. Énergie, métaux rares, budgets IT qui explosent. Mais imagine maintenant que les semi-conducteurs taïwanais ne traversent plus le Pacifique, que l’IA générative bouffe tellement d’électricité qu’on rationne ton datacenter, ou qu’une tempête détruit tes infrastructures cloud. Pas un scénario de science-fiction : le CIGREF (réseau des grandes entreprises françaises) vient de publier un rapport prospectif qui pose une question dérangeante : et si la solution passait par moins de technologie plutôt que plus ?
Le low-tech débarque dans les conseils d’administration
Selon le rapport « L’approche low-tech au service de la résilience numérique des organisations » publié par le CIGREF en partenariat avec l’Institut du Numérique Responsable (INR), l’approche low-tech n’est plus une lubie d’écolos barbus. Face aux crises multiples et à la vulnérabilité croissante des systèmes numériques, elle devient un cadre conceptuel pertinent pour renforcer l’adaptation et l’autonomie stratégique des organisations.
Le constat de départ est brutal : le numérique représente une part significative de l’empreinte environnementale des entreprises, mais surtout, le secteur fait face à des tensions sur les ressources critiques et une inflation des prix des composants. Traduction concrète ? Selon le rapport du CIGREF, la RAM pourrait grimper de 40% à 60% en 2026. Tes serveurs coûteront plus cher à upgrader.
L’approche low-tech ne propose pas de revenir aux télécopieurs (quoique…), mais repose sur trois principes fondamentaux :
- Accessibilité : des outils simples, appropriables par le plus grand nombre, économiquement viables
- Utilité : se concentrer sur les besoins essentiels des métiers et des utilisateurs
- Durabilité : favoriser des solutions robustes, réparables, moins gourmandes en ressources
En clair : arrête d’acheter le dernier MacBook Pro M4 pour faire du traitement de texte, et questionne si ton CRM SaaS ne pourrait pas être remplacé par une base de données PostgreSQL auto-hébergée.

Trois scénarios catastrophes pour 2035-2040 (qui commencent maintenant)
Le rapport s’appuie sur une méthode prospective conduite avec Futuribles pour identifier les menaces futures les plus plausibles. Trois scénarios de rupture ont été définis, choisis pour leur criticité et leur forte probabilité d’occurrence :
Scénario 1 : L’invasion de Taïwan et la pénurie de puces
La Chine envahit Taïwan, entraînant des ruptures d’approvisionnement technologique majeures en semi-conducteurs et métaux critiques, aggravant la multi-dépendance critique de l’Europe. Signal faible déjà actif ? Les restrictions chinoises sur l’exportation de gallium et germanium en réponse aux tarifs douaniers américains (source : rapport CIGREF).
Scénario 2 : L’IA générative et le rationnement énergétique
La croissance explosive des usages numériques, dopée par l’essor de l’IA générative et agentique (comme Claude Code d’Anthropic qui projette 2,5 milliards de dollars de chiffre d’affaires annuel, selon Next INpact), contraint à un rationnement énergétique et hydrique. Les autorités publiques imposent des quotas d’usage. Signal faible ? Le black-out dans la péninsule ibérique en avril 2025 (source : rapport CIGREF).
Scénario 3 : Le climat détruit les infrastructures
L’intensification des phénomènes climatiques extrêmes occasionne des dégâts matériels sur les infrastructures numériques et énergétiques, impactant directement la continuité des services. Tes serveurs cloud dans le datacenter en zone inondable ? Bonne chance.
Le rapport souligne que ces « signaux faibles » façonnent déjà notre réalité : ruptures d’approvisionnement, hausse des prix (+40% à +60% pour la RAM en 2026), délestages énergétiques. Ce n’est plus de la prospective, c’est du reporting.
« Juste technologie » : ni retour en arrière, ni fuite en avant
Le rapport insiste : la low-tech n’est pas une opposition high-tech vs low-tech, mais une démarche de discernement technologique. Il s’agit de trouver le bon curseur pour chaque usage. Besoin d’un serveur pour héberger un site statique ? Un Raspberry Pi fera l’affaire plutôt qu’une instance cloud mensuelle. Besoin de traiter des milliards de transactions financières en temps réel ? Là, oui, tu as besoin de high-tech.
Cette approche répond à plusieurs enjeux stratégiques :
Amélioration de la résilience : des systèmes moins complexes sont plus faciles à maintenir en condition opérationnelle face aux crises ou ruptures de chaîne d’approvisionnement. Si ton stack applicatif nécessite des dizaines de microservices pour fonctionner, bon courage en cas de pénurie de semi-conducteurs.
Réduction de l’empreinte carbone : en prolongeant la durée de vie des équipements et en luttant contre l’obsolescence logicielle. Ton Dell Latitude de 2018 sous Linux Mint fonctionne encore parfaitement ? Garde-le.
Maîtrise des coûts : en simplifiant les architectures et en limitant la dérive des services cloud ou SaaS non essentiels. Ton entreprise paie 15 abonnements SaaS différents dont 8 ne sont utilisés que par 3 personnes ? C’est le moment de faire le ménage.
Pistes concrètes : du concept à l’opérationnel
Le rapport propose des pistes concrètes pour intégrer la pensée low-tech dans les directions numériques :
Valoriser l’existant : privilégier la maintenance et l’évolution des systèmes en place grâce aux compétences internes, plutôt que leur remplacement systématique. Ton ERP vieux de 10 ans fonctionne ? Questionne la nécessité de le remplacer.
Questionner le besoin dès la conception : adopter une approche « design to cost » et « design for environment ». Avant de développer une nouvelle fonctionnalité, demande-toi : est-ce vraiment nécessaire ? Quel sera son coût environnemental et économique ?
Favoriser l’écoconception logicielle : réduire la charge inutile sur les infrastructures et les terminaux. Ton site web multi-mégaoctets pour afficher un simple formulaire ? C’est de l’obésité numérique.
Le rapport appelle à une transformation culturelle : passer d’une logique de performance par la puissance technologique à une logique de performance par la robustesse et la résilience. En clair : arrête de mesurer ton IT à la taille de ton budget cloud, mais à sa capacité à survivre aux chocs.
Conclusion : la low-tech n’est plus une option, c’est une assurance-vie
Le rapport du CIGREF et de l’INR marque un tournant : la low-tech sort des cercles militants pour entrer dans les stratégies IT des grandes entreprises françaises. Face aux ruptures d’approvisionnement (déjà actives), à l’explosion des coûts énergétiques (la RAM +40% à +60% en 2026 selon le rapport), et aux risques climatiques (black-outs en Europe), faire simple devient une nécessité stratégique.
Points à retenir :
- Trois scénarios de rupture à horizon 2035-2040 (invasion de Taïwan, rationnement énergétique, infrastructures détruites) sont déjà en cours de réalisation
- La low-tech n’est pas un retour en arrière mais une démarche de discernement technologique : le bon outil pour le bon usage
- Les bénéfices sont multiples : résilience accrue, réduction de l’empreinte carbone, maîtrise des coûts
- Les actions concrètes existent : valoriser l’existant, questionner le besoin, écoconcevoir
- La transformation nécessite un changement culturel : performance par la robustesse plutôt que par la puissance
Pendant qu’Anthropic lève 30 milliards de dollars (selon Next INpact) pour alimenter ses modèles IA gourmands en énergie, le CIGREF rappelle une vérité simple : la technologie la plus résiliente est celle qu’on peut réparer, maintenir et comprendre. Pas celle qui nécessite un PhD en IA et un contrat cloud à six chiffres.
Le rapport complet est disponible sur le site du CIGREF. À lire avant que ton prochain serveur coûte le prix d’une voiture.
Sources : CIGREF, Next INpact (Anthropic)


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