Retour vers l’ensemble des articles

BMW et la vis anti-réparation ultime : iFixit et Adafruit ripostent

Quand un constructeur automobile dépose un brevet pour une vis « stylée » reprenant son logo, tu pourrais croire à une simple coquetterie marketing. Sauf que non. BMW vient de franchir une nouvelle ligne dans la guerre contre le droit à la réparation, et la communauté maker ne l’a pas laissé passer. Prépare-toi : l’histoire d’une vis devient un symbole de résistance.


Une vis « de luxe » pour empêcher les réparations

BMW a déposé un brevet pour une vis de sécurité dont la tête reprend les deux segments caractéristiques de son logo circulaire segmenté. Selon Tom’s Hardware, les dessins techniques montrent une fixation filetée avec une tête où deux des quatre segments du logo BMW sont des vides. Un embout correspondant spécifique serait donc nécessaire pour un couple de serrage optimal et pour minimiser l’usure ou le glissement.

Le problème ? Ce n’est pas une innovation technique. Comme le souligne l’article, « le monde a déjà décidé que Torx et Hex dominent » en matière de fixations. La vraie intention se cache dans les documents du brevet : BMW veut que sa vis soit mise en œuvre « pour empêcher d’être desserrée ou serrée par des personnes non autorisées ».

Traduction sans filtre : BMW veut t’empêcher de réparer ta propre voiture. Ou de la faire réparer ailleurs que dans son réseau officiel.


iFixit ne mâche pas ses mots

Le site spécialisé dans la réparation iFixit a immédiatement réagi avec une formule cinglante, qualifiant les plans de BMW de « doigt d’honneur en forme de logo au droit à la réparation ». Selon Tom’s Hardware, le site précise que ce n’est pas une surprise venant de BMW, qui a déjà un historique de tentatives pour contrôler l’accès à ses écosystèmes.

Le message est clair : BMW ne veut pas que tu sois propriétaire de ta voiture. Tu n’es qu’un locataire à long terme de leur technologie.




Adafruit contre-attaque avec une imprimante 3D

Mais la communauté maker ne s’est pas laissé faire. Adafruit, entreprise spécialisée dans le matériel open source, a analysé le brevet et conclu que sa validité est douteuse. Selon Tom’s Hardware, Adafruit estime que les problèmes abordés par le brevet, la solution proposée et d’autres aspects de la conception ne sont pas vraiment brevetables. La vis BMW relève principalement du branding et du cosmétique. Tom’s Hardware estime d’ailleurs que « le dépôt risque de s’effondrer en une variation prévisible optimisée pour l’identité de marque plutôt que pour la nécessité d’ingénierie ».

Et Adafruit est passé à l’action. L’entreprise a conçu et imprimé en 3D une vis et un embout très similaires aux fixations brevetées par BMW. Les impressions ont été réalisées en plastique et en métal, et selon Tom’s Hardware, la fixation et l’embout ont fonctionné correctement. L’entreprise a même fourni des conseils techniques pour ceux qui voudraient faire de même, précisant que le matériau choisi doit être « suffisamment résistant pour survivre aux coins internes aigus sans fracture ».

Tom’s Hardware n’a pas vu Adafruit partager publiquement ses fichiers de conception. Cependant, le site rapporte qu’une recherche approfondie permet déjà de trouver plusieurs fichiers 3D imprimables de vis et d’embouts téléversés par d’autres makers. Ces fichiers pourraient s’avérer utiles si le brevet de BMW aboutit et que ces fixations sont effectivement implémentées dans les véhicules de production.

Sources : Tom’s Hardware




Pourquoi c’est important pour nous, artisans numériques

Cette histoire dépasse largement le cadre de l’automobile. C’est un test. BMW vérifie jusqu’où les constructeurs peuvent aller dans la restriction du droit à la réparation avant que la régulation ou la résistance populaire ne les arrête.

Si cette vis devient la norme dans l’industrie automobile, combien de temps avant qu’elle n’apparaisse dans d’autres secteurs ?

La riposte d’Adafruit montre la voie : face aux tentatives de verrouillage propriétaire, la communauté open source et les makers disposent d’outils puissants. Les imprimantes 3D, les scanners, la rétro-ingénierie documentée… Chaque tentative de restriction peut être contournée, documentée, partagée.

Mais cette course technologique ne devrait pas exister. Le vrai combat se situe sur le terrain législatif : nous avons besoin de lois solides sur le droit à la réparation qui interdisent ce type de manœuvre anti-concurrentielle déguisée en « innovation ».


Ce qu’il faut retenir

  • BMW a breveté une vis de sécurité reprenant son logo, explicitement conçue pour « empêcher d’être desserrée ou serrée par des personnes non autorisées »
  • iFixit dénonce un « doigt d’honneur en forme de logo au droit à la réparation »
  • Adafruit a conçu et imprimé en 3D une réplique fonctionnelle de la vis et de son embout, démontrant la fragilité du brevet
  • Des fichiers 3D imprimables sont déjà disponibles en ligne pour contourner cette restriction
  • Cette affaire illustre la nécessité urgente de législations fortes sur le droit à la réparation

La prochaine fois qu’un constructeur te dit que ses vis propriétaires sont « pour ta sécurité », souviens-toi : c’est pour son compte en banque. Et heureusement, il existe une communauté entière prête à te donner les outils pour reprendre le contrôle.


Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Leave the field below empty!

Lowforehead

You cannot copy content of this page