Après des mois de backlash, Pavan Davuluri sort du silence. Le patron de Windows annonce une liste de correctifs qui ressemble à un mea culpa déguisé.
L’aveu qui ne dit pas son nom
Microsoft a un problème de confiance. Ce n’est pas une opinion — c’est le constat que pose The Verge en préambule de son analyse du plan de redressement Windows 11.
Pavan Davuluri, directeur de la division Windows chez Microsoft, a publié un billet de blog officiel. Il y reconnaît avoir « passé beaucoup de temps à analyser les retours » des utilisateurs. Selon Next (ex-NextINpact), la promesse est simple : un Windows « plus stable, avec des performances en hausse et moins d’intelligence artificielle à toutes les sauces ».
La formulation est diplomatique. La réalité sous-jacente l’est moins. Windows 11 a accumulé les casseroles depuis son lancement. Les mises à jour mensuelles (les fameux Patch Tuesday) ont multiplié les régressions. Next documente les dégâts récents sur deux cycles consécutifs : le Patch Tuesday de février (KB5077181) a bloqué l’accès au disque C:\ sur certains Samsung Galaxy Book avec un message « accès refusé ».
Celui de mars (KB5079473) a cassé la connexion à Teams et OneDrive pour les comptes personnels Microsoft — en plus d’un bug Bluetooth corrigé en urgence via un hotpatch séparé. Des régressions majeures à répétition.
Copilot partout : l’erreur enfin admise
L’intégration forcée de l’IA dans Windows 11 est le sujet le plus symbolique de ce recul.
Selon The Verge, les premières modifications incluront « une réduction des intégrations Copilot inutiles » dans des applications comme l’outil de capture d’écran (Snipping Tool), Photos et le Bloc-notes. Next précise que des points d’entrée Copilot disparaîtront également des Widgets.
Frandroid traduit sans détour : « Microsoft admet à demi-mot que saturer chaque pixel de l’interface avec Copilot était une erreur. » Davuluri emploie lui-même le terme « intentionnel » — sous-entendu, l’intégration précédente ne l’était pas assez.
La citation complète de Davuluri, rapportée par The Verge, mérite d’être lue attentivement : « Cela inclut d’être réfléchi sur comment et où nous intégrons l’IA dans Windows, en privilégiant la transparence, le choix et le contrôle, afin que les nouvelles capacités améliorent l’expérience plutôt que de la compliquer. »
Transparence, choix, contrôle. Trois mots qui auraient dû guider la conception initiale de Windows 11. Ils arrivent en 2026, après des années de pop-ups promotionnels pour Edge et Bing que The Verge qualifie sans ambiguïté de « malware-like ».
À noter : Next souligne que Mozilla va encore plus loin en intégrant un « kill switch » complet pour les fonctions IA de Firefox — une comparaison qui ne flatte pas Microsoft.
Windows Update : la fin du terrorisme des redémarrages forcés
C’est probablement l’annonce la plus concrète du plan Davuluri.
Selon The Verge, Microsoft s’engage sur plusieurs points précis :
- Un seul redémarrage mensuel lié aux mises à jour
- Possibilité de redémarrer ou d’éteindre sans installer les mises à jour en attente
- Mise en pause des mises à jour aussi longtemps que souhaité
- Possibilité de sauter les mises à jour lors de la configuration initiale d’un appareil neuf
Frandroid résume l’enjeu avec une image parlante : « On a tous connu ce moment où, en pleine présentation ou juste avant de partir en rendez-vous, le PC décide unilatéralement de mouliner pendant 20 minutes. »
Ce n’est pas un problème cosmétique. C’est une question de respect de l’autonomie de l’utilisateur. Un système d’exploitation qui impose ses cycles de maintenance au détriment du travail en cours, c’est un outil qui a oublié à qui il appartient. Davuluri conclut d’ailleurs son billet par cette formule, rapportée par The Verge : « Windows est autant le vôtre que le nôtre. »
La phrase est belle. Elle aurait été plus crédible il y a cinq ans.

Performance et ergonomie : le rattrapage du retard accumulé
Au-delà de l’IA et des mises à jour, le plan Davuluri couvre des chantiers techniques de fond.
L’Explorateur de fichiers (File Explorer) est en tête de liste. Selon The Verge, les promesses incluent un lancement plus rapide, moins de scintillements d’interface, une navigation plus fluide et des transferts de fichiers volumineux « plus rapides et plus fiables ». Frandroid parle d’ »usine à gaz » pour décrire l’état actuel de l’explorateur sous Windows 11.
La mémoire vive est un autre axe. Microsoft promet de réduire « l’empreinte mémoire de base de Windows ». The Verge note que cela pourrait permettre à Windows de mieux fonctionner sur des machines équipées de 8 Go de RAM — une configuration aujourd’hui courante dans les gammes d’entrée et de milieu de gamme.
La barre des tâches retrouve enfin sa mobilité. Selon The Verge et Frandroid, il sera possible de la repositionner en haut ou sur les côtés de l’écran. Une fonctionnalité présente dans Windows depuis les années 90, supprimée lors de la refonte pour Windows 10X (le projet tablette abandonné), et jamais restituée depuis le lancement de Windows 11.
Le framework WinUI3 est cité par Next comme levier d’amélioration de la réactivité globale de l’interface. Il est open source — son dépôt GitHub est public — et vise à moderniser le rendu des applications natives Windows.
Windows Hello (authentification biométrique) doit également gagner en fiabilité, avec une reconnaissance faciale « plus fiable » et une lecture d’empreintes « plus rapide ». The Verge espère que cela réglera le problème de fonctionnement dans les environnements sombres.
Le Sous-système Linux pour Windows (WSL — Windows Subsystem for Linux) bénéficiera de transferts de fichiers accélérés entre les deux environnements, d’une meilleure compatibilité réseau et d’une installation initiale simplifiée.
Ce que Microsoft ne dit toujours pas
Le plan Davuluri a un angle mort notable. The Verge le pointe directement : aucune mention du respect des navigateurs par défaut.
Windows 11 a systématiquement contourné ou compliqué le changement de navigateur par défaut. Les pop-ups promotionnels pour Edge et Bing ont atteint un niveau que The Verge compare explicitement à des comportements de malwares. Ce sujet n’apparaît pas dans la liste des engagements publiés.
Davuluri promet « moins de bruit, moins de distraction et plus de contrôle ». Mais sans engagement explicite sur les valeurs par défaut du navigateur, cette promesse reste vague.
Il reste également à voir si ces annonces se concrétiseront dans les délais annoncés. Les premières modifications arrivent en test chez les Windows Insiders « ce mois-ci et tout au long du mois d’avril », selon The Verge. Le déploiement plus large est prévu « tout au long de l’année ».
Next résume le sentiment général avec une formule prudente : « De belles promesses tous azimuts dont on attend avec une certaine impatience la concrétisation. »

Ce qu’il faut retenir
- Copilot recule : suppression des points d’entrée IA jugés inutiles dans Snipping Tool, Photos, Bloc-notes et Widgets
- Mises à jour : un redémarrage mensuel maximum, possibilité de reporter ou sauter les mises à jour, fin des redémarrages forcés
- Ergonomie : barre des tâches repositionnable (haut, côtés), taille réduite disponible plus tard dans l’année
- Performance : réduction de l’empreinte mémoire de Windows, File Explorer plus rapide, amélioration du WSL
- Biométrie : Windows Hello plus fiable en reconnaissance faciale et empreintes
- Ce qui manque : aucun engagement sur le respect des navigateurs par défaut, pas de date ferme pour la majorité des changements
- Contexte : ces annonces arrivent après une année 2025 marquée par des Patch Tuesday à répétition causant des bugs sérieux, documentés par Next
Les premières versions de test sont disponibles pour les Windows Insiders. La communauté — et les observateurs — auront l’occasion de mesurer l’écart entre les engagements et la réalité dans les mois qui viennent.
Sources principales : The Verge, Next (ex-NextINpact), Next — Patch Tuesday, Frandroid


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